ZIMBABWE

ZIMBABWE
ZIMBABWE

Le Zimbabwe (ex-Rhodésie, ex-Rhodésie du Sud) a accédé à l’indépendance le 18 avril 1980, après une longue et douloureuse guerre de libération nationale. Parmi les États d’Afrique australe issus de la décolonisation, il occupe une place à part, dans la mesure où l’«affaire rhodésienne» a été l’un des facteurs qui ont pesé le plus lourdement sur l’ensemble de la zone, et dans la mesure également où il suit aujourd’hui une voie originale dans la stratégie du développement.

Le Zimbabwe doit son nom à un ancien royaume qui eut sa période de gloire du VIIe au XIVe siècle (encore que les appréciations des historiens divergent sur ces dates) et dont subsistent de prestigieux vestiges au centre du pays.

Après une présentation générale, on examinera les principaux traits de l’évolution du Zimbabwe avant et après l’indépendance.

1. Présentation générale

Le Zimbabwe, situé au cœur de l’Afrique australe, est avec la Zambie, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et quelques autres le type d’État géographiquement enclavé dont la survie économique dépend pour partie des communications avec l’extérieur. Il est entouré à l’est par le Mozambique, au nord-ouest par la Zambie, au sud-ouest par le Botswana et au sud par la république d’Afrique du Sud (ce dernier voisinage explique quelques-unes des difficultés de la décolonisation et quelques-uns des problèmes contemporains de la jeune république). Le port le plus proche, Beira, au Mozambique, est à 600 kilomètres...

Le pays, d’une superficie de 390 000 kilomètres carrés, est constitué pour l’essentiel par quatre régions. La plus importante est le plateau central (highveld ) qui constitue un croissant de 650 kilomètres de longueur et 80 kilomètres de largeur, du sud-ouest au nord-ouest et dont l’altitude (entre 1 200 et 1 500 m) et le climat (relativement tempéré) ont favorisé la colonisation européenne. De chaque côté, le plateau moyen (middleveld ), entre 600 et 1 200 mètres, descend vers les fleuves du Zambèze (dont les majestueuses chutes, à Victoria Falls, constituent l’attrait touristique majeur) au nord et du Limpopo au sud. Puis vient le bas plateau (lowveld ) au-dessous de 600 mètres environ (le point le plus bas, à la jonction des rivières Sabi et Lundi, est encore à 162 m au-dessus du niveau de la mer). Une zone montagneuse granitique s’étend enfin sur près de 350 kilomètres au nord-est du pays, qu’elle sépare partiellement du Mozambique (avec, comme sommet culminant, le mont Inyangani, à 2 592 m).

Le climat est un atout important pour le Zimbabwe. La température moyenne, sur les hauts plateaux, où la capitale, Harare (ex-Salisbury), a été installée, varie assez peu (de 13 0C en juillet à 22 0C en octobre). Elle est évidemment plus élevée, compte tenu de la situation subtropicale du pays, dans les zones de moindre altitude. Les précipitations annuelles (la saison des pluies va de novembre à mars) varient selon le site (400 mm dans la vallée du Limpopo, 1 400 mm dans la région montagneuse du nord-est), mais le pays peut connaître de dures périodes de sécheresse.

Les agglomérations les plus importantes sont de très loin Harare, la capitale (1 184 169 hab. au recensement de 1992), et Bulawayo (620 936 hab.), au sud-ouest du pays, dans le Matabeleland. Les zones rurales, en dehors des terres les plus fertiles qui ont fait l’objet d’une exploitation directe intensive par les colons européens, sont généralement sous-équipées et consacrées à l’agriculture vivrière.

Avec un taux d’accroissement démographique élevé (29,6 p. 1 000 par an), la population totale du pays était évaluée, en 1992, à 10 401 767 habitants, dont 97,6 p. 100 d’origine africaine, 2 p. 100 d’origine européenne et 0,4 p. 100 d’une autre origine. Mais la concentration urbaine est très forte (de l’ordre de 7,2 p. 100 par an), de sorte que la population urbanisée (23 p. 100 en 1982) atteindrait, en 1989, une proportion de 26,4 p. 100.

Des estimations fondées sur les inscriptions sur les listes électorales (élections de 1985) font état d’une diminution de la population d’origine européenne. Elle ne compterait, en 1989, qu’à peine 120 000 membres. Cette minorité était alimentée par l’immigration depuis la Seconde Guerre mondiale, venue des pays d’Europe ou d’Afrique du Sud. Elle se concentre de plus en plus dans les zones urbaines (notamment à Harare).

Les autres minorités (Asiatiques, métis) ont un poids très faible (moins de 40 000).

Sur le plan ethnique, le Zimbabwe est beaucoup moins hétérogène que certains pays voisins. La population africaine est divisée pour l’essentiel entre deux ethnies: l’ethnie shona, majoritaire à près de 75 p. 100, et l’ethnie ndebele (dans le sud - sud-ouest du pays). D’autres tribus, de moindre importance, se sont installées dans le lowveld , notamment dans la vallée du Zambèze ou près de la frontière avec l’Afrique du Sud: les Balonga, les Vanda, les Shangoan... L’histoire du Zimbabwe est liée en majeure partie à la rivalité entre les deux grands groupes ethniques, qui ont chacun leur langage vernaculaire (avec des dialectes locaux), leurs traditions, leur organisation sociale, etc. Les Shona sont divisés en sous-ethnies parmi lesquelles on doit mentionner les Karanga, les Zezuru, les Manyika, les Kerekore, les Rozwi et les Ndau. Les Ndebele sont associés sur le plan linguistique aux Karanga. Il faut compter aujourd’hui avec un certain courant d’immigration africaine (du Malawi ou du Mozambique). Par ailleurs, l’anglais est utilisé comme langue de contact en zone urbaine et reste la langue d’enseignement dans le secondaire et le supérieur.

Si le facteur ethnique a joué pendant longtemps un rôle déterminant, il ne faut pas omettre le facteur religieux. Les différentes Églises chrétiennes ont développé une grande activité missionnaire. L’Église catholique, en particulier, a multiplié les établissements d’enseignement primaire ou secondaire. Les Églises protestantes sont aujourd’hui confrontées au phénomène des Églises indépendantes. On évaluait à 1 500 000 environ (en 1982) le nombre total des chrétiens.

Il n’est pas rare que les Églises s’engagent sur le terrain politique, ou sur celui des droits de l’homme, ce qui leur vaut, le cas échéant, des rappels à l’ordre de la part du gouvernement.

2. Le Zimbabwe avant l’indépendance

L’histoire du Zimbabwe est une histoire particulièrement tourmentée, dont les grandes phases sont globalement les suivantes:

– avant la colonisation britannique;

– de la colonisation britannique à la Déclaration unilatérale d’indépendance de la Rhodésie;

– de la Déclaration unilatérale d’indépendance au Zimbabwe indépendant.

Avant la colonisation britannique

Les premiers occupants du territoire furent des Bochiman (ou Bushmen), mais des tribus shona d’origine bantou firent leur apparition sur le plateau central vers le milieu du Xe siècle. Ils développèrent une activité d’élevage qui fut bientôt complétée par un véritable réseau commercial tant avec l’arrière-pays qu’avec la zone côtière. Ils furent notamment à l’origine du célèbre royaume du Zimbabwe, fondé par l’ethnie karanga et qui sut tirer parti du site carrefour qu’il occupait, à la jonction des principales voies de communication qui assuraient l’acheminement de l’or, de l’ivoire ou des tissus à travers l’Afrique australe.

L’exploitation des gisements d’or attira d’ailleurs rapidement les convoitises extérieures: Arabes et Portugais, notamment, vont s’intéresser de près au pays. Les Shona continuent toutefois leur expansion. Après le déclin du royaume du Zimbabwe, au XVIe siècle, d’autres royaumes se constituent: ceux de Monomotapa et de Rozwi auront plus d’éclat que les autres. Le premier, surtout, bénéficiera d’une véritable légende, alimentée par les récits des voyageurs arabes ou portugais. Au début du XVIIe siècle, le roi du Monomotapa dut accepter un traité humiliant avec le Portugal, qui venait d’organiser une expédition militaire; il cédait les mines d’or, d’étain, de cuivre, de fer et de plomb au souverain du Portugal, dont il devenait ainsi le vassal, mais conservait le droit de gouverner le pays.

La colonisation portugaise, fortifiée par l’attrait des mines d’or et les divisions internes du royaume, se poursuivra pendant les premières décennies du XVIIe siècle. Les troubles ne cessèrent pas pour autant dans le royaume, et les colons portugais en firent les frais à l’occasion. Cette instabilité chronique du Monomotapa entraîna progressivement le royaume vers son déclin.

Mais déjà, du côté de l’Afrique du Sud, les regards se tournent vers la zone occupée par les Shona, le Mashonaland. Les Portugais, qui avaient pris pied au Mozambique et en Angola, vont se heurter à la fois aux Britanniques et aux Boers.

Vers les années 1830, un groupe appartenant à l’ethnie des Zoulous, les Ndebele, remonte vers le nord à la suite de sanglantes luttes tribales et pénètre dans le Mashonaland, au sud-ouest du Zimbabwe actuel. Il aura rapidement raison des défenses, au demeurant peu efficaces, qui lui sont opposées. Peuplade guerrière, bien organisée derrière un souverain tout-puissant, les Ndebele (ou Matabelele) étendront leur domination sur les Shona de l’Est, qu’ils réduisent pratiquement en esclavage.

De leur côté, les Européens ne restent pas inactifs. Voyageurs, commerçants, aventuriers et missionnaires se succèdent au royaume des Ndebele. Avec les autorités britanniques de la province du Cap et avec les Boers du Transvaal, les relations des monarques de Bulawayo furent souvent tendues, malgré les traités signés de temps à autre. Un homme jouera ici un rôle déterminant: Cecil J. Rhodes. Installé au Cap, où il a su prendre le contrôle d’une importante société diamantifère (la De Beers), avant d’entamer une carrière politique et de devenir Premier ministre de la province, il rêve d’un axe britannique allant du Caire au Cap. Mais il redoute que son entreprise ne soit compromise par les ambitions des dirigeants boers de la république du Transvaal, qui entendent pour leur part donner aux «Afrikanders» le contrôle de toute l’Afrique du Sud entre le Zambèze et le Cap – ou par celles des Portugais, qui espèrent pouvoir assurer la jonction entre leurs possessions du Mozambique et de l’Angola de part et d’autre de la zone convoitée.

Après la conférence de Berlin qui organisa le dépeçage de l’Afrique entre les grandes puissances coloniales de l’époque, la Grande-Bretagne revendiqua l’ensemble du territoire. Cecil J. Rhodes fut le fer de lance de la colonisation britannique: après avoir obtenu du souverain ndebele la signature d’un traité accordant aux Britanniques à la fois une sorte de protectorat politique sur le royaume et la concession d’importants gisements miniers situés dans la zone shona, il demanda à la reine Victoria une charte par laquelle une compagnie commerciale de droit privé créée par ses soins, la British South Africa Company (B.S.A.C.), bénéficierait de privilèges véritablement exorbitants. Cette charte, octroyée le 29 octobre 1889, permettait en effet à la compagnie de légiférer sur toute l’étendue du territoire (lequel n’est d’ailleurs clairement délimité qu’à l’est et à l’ouest), d’assurer l’ordre public, de signer les traités et de gérer les ressources du pays. Conclue pour vingt-cinq ans, elle laisse à la Grande-Bretagne le droit d’établir son protectorat sur toute zone préalablement mise en valeur par la British South Africa Company.

L’affrontement avec les Ndebele, potentiellement dépossédés de leur royaume, devenait inévitable: tout était prêt pour une colonisation militaire et durable.

De la colonisation britannique à la Déclaration unilatérale d’indépendance de la Rhodésie

Commencée sous ces auspices, la colonisation du territoire allait se poursuivre avec d’autres moyens. Une expédition fut d’abord montée par les soins de Cecil J. Rhodes en 1890 pour installer les pioneers en zone shona; elle fut suivie en 1893 d’une seconde expédition qui envahit le pays ndebele lui-même. C’est à ce moment que, du vivant même de Rhodes, l’ensemble des territoires shona et ndebele reçut l’appellation de Rhodésie que le gouvernement britannique devait ratifier en 1897.

La forme de colonisation choisie par la British South Africa Company ne pouvait engendrer, dans les populations africaines, que rancœur et colère. Les exactions et les représailles des «pionniers», la perception de l’«impôt sur les cases», le travail forcé, l’installation de colons étrangers sur les terres ancestrales attisent la volonté de vengeance au sein des deux ethnies qui font front commun contre l’occupant européen. Il n’existe à vrai dire aucune administration «coloniale» digne de ce nom, et Rhodes laisse à ses mandataires les pleins pouvoirs pour régler les problèmes de la colonisation.

La révolte générale des populations indigènes éclate en mars 1896; elle sera sévèrement réprimée, et ses derniers chefs seront pendus en 1898. Mais elle laissera des souvenirs profonds dans la mémoire collective africaine.

De leur côté, Cecil J. Rhodes et la Grande-Bretagne s’efforcent d’analyser les causes de ces troubles et d’en prévenir la reprise. La B.S.A.C. est surveillée de plus près par Londres, mais conserve le droit d’administrer le pays. Les forces de police sont placées sous la direction d’un haut commissaire, en résidence à Salisbury; il est vrai que les relations se tendent entre les colons et les actionnaires de la compagnie, laquelle (surtout après la mort de Rhodes en 1902) éprouve les plus grandes difficultés à assumer la mission qui lui avait été confiée. La politique du partage des terres, qui conduisit à la création des native reserves , avait été conçue pour éviter une spoliation totale des Africains, mais elle ne pouvait satisfaire ni les uns ni les autres. D’abord minoritaires au sein du Conseil législatif, mis en place par la B.S.A.C. pour l’assister dans ses tâches administratives et politiques, les colons vont bientôt y obtenir la majorité et souhaiteront transformer cet organisme en Parlement. Il leur faut bien entendu l’accord de Londres qui sera acquis en 1922. Un référendum est alors organisé: il offre le choix entre l’autonomie et le rattachement à l’Union sud-africaine. C’est la première solution qui est choisie par 8 774 voix contre 5 989...

Le 1er octobre 1923, la Rhodésie devient «colonie de la Couronne» sous l’appellation de Rhodésie du Sud (qui permet de la distinguer de la Rhodésie du Nord, ex-Barotseland, également placée sous contrôle de la Grande-Bretagne). Le pouvoir des Européens, conforté par un système électoral censitaire, ne connaît plus d’obstacles majeurs. Une Assemblée législative (30 membres) et un gouvernement local, dirigé par un Premier ministre, gèrent les affaires intérieures du pays. Londres se réserve toutefois les Affaires étrangères et la monnaie et peut opposer son veto à toute loi relative aux Noirs, aux «réserves» de terres et aux modifications constitutionnelles. Le jeu politique met en présence des formations qui sont d’accord sur l’essentiel: le maintien des privilèges dont bénéficient les colons européens. Les Noirs sont complètement écartés du débat (en 1951, moins de 400 Noirs ont le droit de vote...), et les élections législatives (de 1923, 1928, 1934, 1939, 1946, 1948) se terminent généralement par la victoire du Rhodesia Party ou du United Party sur l’opposition représentée par le Reform Party ou le Independent Party.

La grande affaire est d’assurer l’essor économique de la colonie et d’attirer de nouveaux colons: en 1931, leur nombre atteignait 50 000; en 1940, il était de 65 000, en 1950 de 125 000. Ce qui pose de nouveau le lancinant problème des terres. Une des mesures les plus lourdes de conséquences est la loi sur les terres à partager de 1930 (Land Apportionment Act), modifiée en 1941, et à laquelle succédera en 1969 la Land Tenure Act: les Africains (au nombre de 1 000 000 environ en 1931) ne pouvaient s’installer que sur les terres qui leur seraient allouées par le Parlement rhodésien; le total des terres attribuées aux Noirs ne devait pas excéder celui des terres offertes aux Européens; les villes seraient toutes situées en zone blanche, etc. C’était le début d’une politique de ségrégation qui s’amplifia au fur et à mesure que les pressions démographiques s’accentuaient du côté africain. On évalue à 50 000 environ le nombre de Noirs déplacés dans les «réserves» (situées dans les zones les plus déshéritées) au cours des années 1930-1940.

En même temps, des mesures restreignaient l’accès à l’éducation des jeunes Africains (la première école secondaire pour les Noirs ne fut créée qu’en 1942), et si l’existence des syndicats fut reconnue par l’Industrial Conciliation Act (1934) les Noirs ne purent y adhérer...

Une autre étape s’ouvre avec la création de la Fédération d’Afrique centrale qui réunit, de 1953 à 1963, la Rhodésie du Sud, la Rhodésie du Nord (aujourd’hui la Zambie) et le Nyassaland (aujourd’hui le Malawi). Souhaitée par les colons de Rhodésie du Sud (qui espèrent en tirer profit) et par ceux de Rhodésie du Nord ou du Nyassaland (qui en attendent une protection contre la montée du pouvoir africain), encouragée par la Grande-Bretagne, mais fortement combattue par les premiers leaders nationalistes africains, la Fédération fut proclamée par une loi britannique du 1er avril 1953 et approuvée par un référendum en Rhodésie auquel furent invités à participer 429 Noirs... Une Assemblée fédérale de 35 membres y détenait le pouvoir législatif, un gouvernement dirigé par un Premier ministre le pouvoir exécutif, et le gouverneur général (le premier fut sir Roy Welensky) assurait la représentation de la Couronne. Les pouvoirs de la fédération concernaient la défense, la politique économique, la monnaie, les transports, etc., mais chacun des territoires conservait, parmi ses prérogatives propres, le statut des indigènes, le droit du travail et le maintien de l’ordre public – ce qui permettait à la minorité européenne de Rhodésie du Sud de contrôler étroitement la situation intérieure du pays.

La Fédération de l’Afrique centrale dura dix ans, jusqu’au 31 décembre 1963. Il est vrai que les partenaires de la Rhodésie du Sud n’avaient pas le statut de «colonies de la Couronne», mais celui de «protectorats», et qu’ils étaient de ce fait surveillés de plus près par Londres. Ni en Rhodésie du Nord ni au Nyassaland, les tensions raciales n’avaient atteint le degré qu’elles connurent en Rhodésie du Sud à la suite du partage inégal des terres; la Grande-Bretagne était en mesure, sous la pression de l’opinion internationale, d’y imposer le respect de la majority rule , dont Salisbury ne voulait pas entendre parler. Lorsqu’il fut certain que l’indépendance correspondrait à la remise du pouvoir aux Africains, les jours de la Fédération étaient comptés: elle disparut le 31 décembre 1963.

La Rhodésie du Sud n’était pourtant pas à l’abri de la poussée nationaliste. C’est à cette époque que l’on assiste à un réveil des mouvements politiques africains qui, jusque-là, n’avaient guère pu s’exprimer (des associations africaines, peu structurées, s’étaient quand même constituées entre les deux guerres, mais leurs revendications restaient modérées: le Southern Rhodesia African National Congress [S.R.A.N.C.] fut la plus célèbre).

En 1955, G. Nyandora et J. Chikerema fondent l’African National Youth League (A.N.Y.L.) – qui n’est pas sans rappeler le T.A.N.U. Youth League du Tanganyika –, et, en 1957, la fusion de l’A.N.Y.L. et du S.R.A.N.C. donne naissance au premier parti africain digne de ce nom, l’African National Congress of Southern Rhodesia (A.N.C.S.R.), présidé par un leader syndicaliste, Joshua Nkomo, un Ndebele.

Une tentative de dialogue fut alors amorcée par un Premier ministre rhodésien libéral, Garfield Todd, qui tenta d’abaisser le cens électoral et de relever le salaire minimum mensuel versé aux Noirs. Mais il fut désavoué par son propre groupe parlementaire, et le nouveau Premier ministre, sir E. Whitehead, leader du United Federal Party, maintint la ligne dure traditionnelle de la minorité européenne. À la suite de grèves et de manifestations organisées par l’A.N.C.S.R., qui réclamait l’intégration de tous les Rhodésiens, le parti fut dissous en 1959 pour activités subversives. Il réapparut aussitôt, en janvier 1960, sous le nom de National Democratic Party (N.D.P.), dont Nkomo devait devenir président peu après. L’impatience des nationalistes rhodésiens s’accroît (seize pays africains accèdent à l’indépendance en 1960) et des troubles resurgissent çà et là. De nouveaux leaders se manifestent, notamment Robert Mugabe (né à Kutama, ancien animateur de l’African Teachers Association, puis enseignant en Rhodésie du Nord et au Ghana).

Londres organise une première conférence constitutionnelle sur la Rhodésie du Sud. Le gouvernement britannique (conservateur) essaie de trouver une voie moyenne entre les aspirations contradictoires de la minorité européenne et des nationalistes africains. Le projet de constitution prévoit une certaine représentation des Noirs à l’Assemblée nationale (15 sièges sur 65), mais cette concession est jugée dérisoire, de même que l’assouplissement très relatif des conditions du droit de vote ou la pseudo-Déclaration des droits qui ne concerne pas les lois discriminatoires en vigueur. Pour les Européens, si Londres abandonne ses «pouvoirs réservés» et accepte l’idée d’une autonomie plus poussée de la colonie de la Couronne, il n’en demeure pas moins qu’ils ne peuvent pas modifier la Constitution à leur gré.

Aussi bien les Africains boycottent-ils le référendum constitutionnel et refusent-ils le jeu des élections. En décembre 1961, le gouvernement de sir E. Whitehead interdit le N.D.P. Dix jours plus tard (le 17 déc. 1961) est créée la Z.A.P.U. (Zimbabwe African People’s Union), qui mènera bientôt un combat plus dur grâce à un groupe de sabotage, le Zimbabwe Liberation Army.

Les Européens se trouvent soumis alors à une forte pression de Londres inquiet de la tournure des événements, de l’O.N.U., de l’O.U.A. et des mouvements nationalistes qui réclament l’indépendance du futur Zimbabwe au profit de la majorité africaine. Le raidissement de la minorité se marque par la création en mars 1962 du Rhodesian Front (R.F.) – qui triomphera aux élections organisées en décembre. Entre-temps, en septembre 1962, la Z.A.P.U. est dissoute; elle établira son siège en Tanzanie, à Dar es-Salaam.

Après les élections, les nationalistes durcissent à leur tour leur position. Des dissidents de la Z.A.P.U., parmi lesquels R. Mugabe et le révérend N. Sithole, reprochent à J. Nkomo ses tergiversations et ses erreurs stratégiques (il avait accepté dans un premier temps les résultats de la conférence de Londres en 1961 et comptait sur la pression internationale pour venir à bout du régime blanc). Ils créent la Z.A.N.U. (Zimbabwe African National Union) le 8 août 1963. Peu après, les premiers éléments de la Zimbabwe African National Liberation Army (Z.A.N.L.A.) sont mis sur pied par E. M’nangagwa. Le nouveau parti veut accentuer la lutte à l’intérieur du territoire rhodésien lui-même.

Après la dissolution de la Fédération, le 31 décembre 1963, les choses évoluèrent rapidement. Les Européens envisagent une indépendance de fait de la Rhodésie du Sud, toujours dotée d’un pouvoir blanc. Le Premier ministre désigné après les élections de décembre 1962, Winston Field, jugé trop mou, est remplacé par Ian Smith le 13 avril 1964. Peu après, en août 1964, la Z.A.N.U. et le People’s Caretaker Council formé par J. Nkomo sont dissous et les dirigeants des principaux partis africains, R. Mugabe, J. Nkomo, N. Sithole, jetés en prison, où ils resteront une dizaine d’années.

Le Rhodésian Front, aux destinées duquel préside Ian Smith, entend s’appuyer sur l’ensemble de la communauté européenne pour arracher l’indépendance à la Grande-Bretagne sans se plier à la règle de la majorité. Un référendum organisé par le gouvernement rhodésien se prononce en faveur de cette solution, qui constitue un véritable défi à l’opinion internationale. Après des pourparlers infructueux avec le gouvernement travailliste revenu au pouvoir à Londres, Ian Smith, soutenu par l’Afrique du Sud, décide le 11 novembre 1965 de déclarer unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie. La nouvelle Constitution, annexée à la Déclaration unilatérale d’indépendance (Unilateral Declaration of Independance), supprime le contrôle de la Grande-Bretagne sur la législation rhodésienne qui avait été maintenu par la Constitution de 1961.

Ce coup de force, dénoncé de toutes parts, s’accompagne de la proclamation de l’état d’urgence. À l’intérieur, la situation se dégrade: des commandos commencent à attaquer les fermes isolées. Pendant quinze ans, le régime de Ian Smith défiera la communauté internationale.

De la Déclaration unilatérale d’indépendance au Zimbabwe indépendant

La situation de la Rhodésie est certes des plus claires sur le plan intérieur mais des plus confuses sur le plan international. La colonie est devenue rebelle à la suite de la Déclaration unilatérale d’indépendance que Londres refuse d’avaliser (mais l’utilisation de la force armée pour amener les colons à résipiscence est écartée dès 1965). Le gouvernement de Harold Wilson décide de recourir à des sanctions sélectives contre le régime du Rhodesian Front: expulsion de la zone sterling, rupture des relations diplomatiques, gel des avoirs rhodésiens au Royaume-Uni, interdiction des acquisitions de tabac et de café, puis de minerai et de viande. Les discussions ne sont pas pour autant interrompues.

L’Assemblée générale des Nations unies condamne le coup d’État de Salisbury dès le 12 novembre 1965, et le Conseil de sécurité recommande alors à tous les États de ne pas reconnaître le régime «minoritaire, raciste et illégal» de Ian Smith. Des sanctions économiques seront décidées à la demande de Londres (embargo sur les produits pétroliers) et bientôt rendues obligatoires. L’O.N.U. espère contraindre le gouvernement rhodésien à lâcher du lest. Très rares sont les pays qui, effectivement, reconnaîtront l’indépendance de la Rhodésie acquise dans ces conditions (si l’on excepte l’Afrique du Sud et le Portugal).

Au cours d’une entrevue entre Ian Smith et Harold Wilson, organisée en rade de Gibraltar à bord du navire Tiger en décembre 1966, le Premier ministre britannique expose les cinq principes qui conditionneront le retour de la Rhodésie à la légalité: progression sans entrave vers le pouvoir de la majorité africaine, garantie constitutionnelle contre tout retour en arrière, amélioration immédiate du statut politique des Africains, évolution vers l’élimination de toute discrimination raciale, acceptation par la population rhodésienne de l’indépendance de la Rhodésie. Ces conditions sont jugées inacceptables par Ian Smith.

Une nouvelle réunion eut lieu à peu près dans les mêmes circonstances en octobre 1968 à bord du navire Fearless . Elle fut sans résultat, bien que Londres ait fait quelques concessions. Entre-temps, les sanctions économiques (plus ou moins rigoureusement appliquées) n’ont sans doute pas eu tous les effets escomptés – la Rhodésie, au contraire, a pu développer son potentiel industriel –, mais suscitent des inquiétudes sérieuses pour l’avenir.

La tactique du fait accompli est utilisée de nouveau en 1969-1970, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution (juin 1969), qui accentue encore les mesures discriminatoires à l’égard de la majorité africaine. Il est prévu que la représentation africaine augmentera proportionnellement au produit de l’impôt sur le revenu acquitté par les Noirs... Chaque électeur est inscrit sur une liste en fonction de sa race et doit voter en conséquence. Sur le plan institutionnel, la Constitution dispose que le président de la République sera choisi pour cinq ans par le gouvernement, et qu’il disposera des pouvoirs du chef d’État en régime parlementaire; le gouvernement sera choisi dans la majorité parlementaire; le Parlement sera composé de deux Chambres, l’Assemblée nationale (66 députés dont 50 députés blancs, 8 députés noirs élus sur des listes électorales distinctes et 8 députés noirs nommés parmi les chefs coutumiers par le Conseil des chefs coutumiers qui dépend du Premier ministre) et le Sénat de 23 membres (dont 10 Blancs élus par l’Assemblée nationale, 10 Noirs nommés par le Conseil des chefs coutumiers et 3 sénateurs nommés par le président de la République). Le pouvoir législatif appartient en dernier ressort à la Chambre basse, le Sénat étant plutôt chargé de donner son avis sur la compatibilité des lois avec la Déclaration des droits qui précède la Constitution. Une nouvelle loi sur le partage des terres (Land Tenure Act) prévoit une division par moitié entre les communautés européenne et africaine, malgré le déséquilibre démographique qui s’est accentué (de 1 à 20).

La proclamation de la république de Rhodésie le 2 mars 1970 relève plutôt du symbole: il s’agit de supprimer les derniers signes d’allégeance à l’égard de Londres (par exemple l’institution du gouverneur général, maintenue en 1965).

Le retour au pouvoir des conservateurs en Grande-Bretagne atténuera quelque peu les frictions. Mais la conclusion d’un «accord de règlement anglo-rhodésien » (21 nov. 1971) et la création d’une Commission Pearce, chargée de vérifier les réactions de la majorité africaine, ne permettront pas à elles seules de régler l’«affaire rhodésienne». Si Ian Smith accepte le principe de la majority rule , l’accord prévoit des étapes et ne fixe pas de calendrier précis; le même texte envisageait une amélioration du statut politique des Noirs, l’abolition des lois discriminatoires et des garanties constitutionnelles pour préserver les droits de chaque communauté. En échange, la Grande-Bretagne proposait de son côté de lever les sanctions économiques et d’accorder une aide financière à Salisbury. Mais la Commission Pearce, dans un rapport rendu public en mai 1972, ne put que constater la forte opposition que l’accord suscitait dans la population africaine.

Les mouvements nationalistes, pendant ce temps, ne restèrent pas inactifs. Après la Déclaration unilatérale d’indépendance, des raids commencèrent à s’organiser, préparés généralement à l’extérieur. L’un d’eux, qui donna lieu le 28 avril 1966 à la bataille de Sinoia, est toujours commémoré sous le nom de Chimurenga Day; en 1967, un affrontement violent opposa les forces de sécurité rhodésiennes à un groupe armé de la Z.I.P.R.A.

La division entre les principaux leaders africains risquait toutefois d’affaiblir la cohésion du mouvement et l’efficacité de la lutte, d’autant que les armées respectives de la Z.A.P.U. (Zimbabwe African People’s Revolutionary Army, ou Z.I.P.R.A.) et de la Z.A.N.U. (Zimbabwe African National Liberation Army, ou Z.A.N.L.A.) avaient tendance à se battre séparément dans les zones qui leur étaient ethniquement les plus favorables (la région ndebele et la région shona).

En 1971, une tentative est faite en vue de regrouper la Z.A.N.U. et la Z.A.P.U. au sein du Frolizi (Front for the Liberation of Zimbabwe), dirigé par Shelton Shivela et J. Chikerema. Ce fut un échec. La même année, l’évêque méthodiste Abel Muzorewa fonde un nouveau parti, l’African National Congress (A.N.C.); ce dernier organise l’opposition (parfois violente) à l’«accord anglo-rhodésien», à l’occasion du séjour de la Commission Pearce, et entend, lui aussi, réunifier sur le plan politique les mouvements d’opposition et leur offrir une bannière commune: il obtiendra un certain succès en 1974 lorsque le «Manifeste de l’unité» fut signé en décembre à Lusaka par la Z.A.P.U., la Z.A.N.U. et le Frolizi (ce dernier étant devenu, en fait, une force politique autonome); il est vrai que la pression exercée par les États de la Ligne de front (Front-Line) ne fut pas étrangère à ce résultat (provisoire). Les leaders emprisonnés – R. Mugabe, J. Nkomo – furent relâchés à cette occasion pour participer, en décembre 1974, à la conférence de Lusaka.

Après 1972, les positions se cristallisent. Salisbury s’efforce de rester maître du jeu en multipliant les contacts pour imposer une solution «interne» de l’«affaire rhodésienne». La République sud-africaine commence à s’inquiéter de la situation au nord de ses frontières, et les États-Unis comme la Grande-Bretagne craignent que l’extension du conflit entre Européens et Africains en Rhodésie ne fasse le jeu de Moscou et de ses alliés. Avec la Zambie, qui sert de base arrière aux combattants (notamment de la Z.I.P.R.A.), les relations se détériorent gravement; bientôt, le gouvernement portugais, favorable à I. Smith, sera renversé à Lisbonne (1974), et, en 1975, le Mozambique indépendant soutiendra activement les nationalistes rhodésiens.

La conférence qui réunit à Victoria Falls le président de la République sud-africaine, J. Vorster, le président de la Zambie, K. Kaunda, et des dirigeants de l’A.N.C. tels que A. Muzorewa, J. Nkomo et N. Sithole (25-26 avril 1975), ne parvint pas à surmonter la difficulté majeure: l’application du principe majoritaire dans le futur État indépendant. Pas davantage la conférence de Genève (2 oct. 1976-11 janv. 1977), née d’un plan attribué à Henry Kissinger et qui, sous l’égide de la Grande-Bretagne, mettra face à face I. Smith et les principaux dirigeants de la guérilla, ne réussira à sceller un accord (bien que I. Smith ait cédé du terrain) sur la «transition».

Les mouvements nationalistes estiment, non sans raison, que l’évolution des événements leur est, à terme, favorable. Si l’African National Congress n’avait pas résisté longtemps après la conférence de Victoria Falls, la constitution d’un Front patriotique en octobre 1976 permit de présenter un front commun Z.A.P.U.-Z.A.N.U. à la conférence de Genève. Le «Patriotic Front» (P.F.) sera bientôt reconnu par l’Organisation de l’unité africaine comme le seul représentant légitime de la population du Zimbabwe. Mais, derrière cette alliance, chacun des deux leaders (J. Nkomo, qui se considère comme le seul représentant légal de l’A.N.C. depuis la scission de celle-ci, et R. Mugabe, qui a pris le contrôle de la Z.A.N.U., dont il était secrétaire général, en 1976) conserve son autonomie d’action sur le terrain et bénéficie d’appuis extérieurs parfois exclusifs (ainsi l’U.R.S.S. a toujours soutenu J. Nkomo). D’autres mouvements nationalistes «modérés» se créent après l’éclatement de l’A.N.C.: la Z.A.N.U. de N. Sithole (il a gardé l’étiquette du parti dont il était le président, et il faut désormais distinguer la Z.A.N.U.-P.F. de R. Mugabe et la Z.A.N.U.-S. de N. Sithole), le United African National Congress (U.A.N.C.) de A. Muzorewa, le United National Federal Party (U.N.F.P.) du chef Ndiweni, la Zimbabwe United People’s Organization (Z.U.P.O.), du chef J. Chirau, le Zimbabwe Democratic Party (Z.D.P.) de J. Chikerema (né d’un antagonisme entre son fondateur et A. Muzorewa). Certains de ces partis vont accepter de jouer le jeu proposé par I. Smith, d’autres n’eurent qu’une existence éphémère.

Dans ce contexte très perturbé, marqué par l’aggravation de la lutte armée et les tentatives du gouvernement I. Smith (qui doit accroître son effort militaire et dont l’audience internationale est quasi nulle) pour retarder les échéances, une phase de médiation anglo-américaine sera amorcée en 1977 (le plan anglo-américain, publié en septembre 1977, se veut réaliste et prévoit une période de transition sous administration britannique, des élections au suffrage universel, l’envoi en Rhodésie d’une force des Nations unies, etc.). En même temps, I. Smith reprend contact avec les dirigeants du Front patriotique (conférence de Malte en janvier 1978), lesquels ne font pas de concessions, puis prend appui sur certaines des formations nationalistes «modérées» pour mettre au point un «règlement interne» (ou «solution intérieure») du conflit rhodésien.

L’«accord de Salisbury» (Salisbury Agreement), du 3 mars 1976, a été signé par le Front rhodésien de I. Smith et divers partis de l’opposition modérée (le U.A.N.C., la Z.A.N.U.-S de N. Sithole, la Z.U.P.O. du chef Chirau), mais immédiatement rejeté par le Front patriotique. Il s’agit d’un accord-cadre qui se propose de mettre au point une nouvelle constitution et d’en finir avec le conflit armé. Le principe majoritaire applicable sans délai et le suffrage universel sont officiellement consacrés (l’âge électoral est fixé à dix-huit ans); une Déclaration des droits affirme l’indépendance du pouvoir judiciaire et la protection du droit de propriété privée; à l’Assemblée nationale, la minorité européenne dispose d’un nombre de sièges garanti (28) qui lui confère un droit de blocage en matière de révision constitutionnelle (mais un Sénat fut également prévu dans le projet de constitution); quant à l’exécutif, outre le président de la République, il est décomposé en deux organes (le Conseil exécutif, doté du pouvoir de décision et constitué par les quatre signataires de l’accord, doit statuer à l’unanimité; le Conseil des ministres se prononce à la majorité, mais ses décisions sont soumises au Conseil exécutif, et il comprend un nombre égal de ministres blancs et de ministres noirs dont chacun est assisté d’un «coministre» de l’autre race). La Rhodésie, enfin, changeait son nom pour celui de Zimbabwe-Rhodésie, pour marquer la rupture avec la situation antérieure.

À peine le gouvernement multiracial fut-il mis en place, le 21 mars 1978, que la Grande-Bretagne en contesta la légitimité. Il est vrai que les Blancs s’étaient réservé les postes clés (armée, économie, etc.) et que la reconnaissance internationale fit défaut au nouveau régime. Le Conseil de sécurité, pour sa part, avait, dès le 14 mars 1978, déclaré inacceptable et illégal l’accord de Salisbury.

La Constitution fut cependant approuvée quelques mois plus tard, le 30 janvier 1979, par un référendum où seuls les Blancs furent admis à voter. Aux élections à l’Assemblée législative organisées en avril 1979, le parti de l’évêque Muzorewa, le United African National Congress, emporta 51 sièges sur 100 (dont 72 accordés aux Noirs). Les autres formations politiques obtinrent un succès moindre (la Z.A.N.U.-S. aura 12 députés et le United National Federal Party, du chef Ndeweni, 9, mais la Zimbabwe United People’s Organization du chef Chirau subit un échec total). Du côté des Européens, le Front rhodésien emporta les 28 sièges réservés sans aucune difficulté.

Le 29 mai 1979, malgré les contestations de N. Sithole, l’évêque Muzorewa fut appelé aux fonctions de Premier ministre et constitua un gouvernement de coalition – cependant que J. Gumede était élu président de la République par le Parlement bicaméral.

Devant l’aggravation de la guerre civile (le Patriotic Front multipliant les actions de guérilla pour marquer son refus total de la solution interne), il fallait débloquer la situation. Les élections en Grande-Bretagne amenèrent le Parti conservateur (et Mme Thatcher) au pouvoir, qui entendait en finir avec le lancinant problème rhodésien. Le 4 novembre 1979, un Order in Council désignait un nouveau gouverneur de Rhodésie, lord Soames, qui fut doté des pleins pouvoirs pour amorcer le processus d’autodétermination que la Déclaration unilatérale d’indépendance avait interrompu. À titre transitoire, le Zimbabwe-Rhodésie redevenait Rhodésie et cessait d’être un État indépendant pour adopter le statut de dominion (ainsi que l’admit une loi du Parlement rhodésien). Lord Soames prit ses fonctions le 12 décembre suivant, et les sanctions furent immédiatement levées par la Grande-Bretagne et par le Conseil de sécurité.

La conférence constitutionnelle de Lancaster House, qui s’ouvrit à Londres le 10 septembre 1979 à la suite d’une décision de la conférence des chefs de gouvernement du Commonwealth à Lusaka (1er-7 août 1979), fut à ce propos une étape décisive. Le Front patriotique avait donné son accord à un règlement qui, sous l’égide de Londres, reposerait sur cinq principes: le respect de la majority rule , la recherche d’une solution durable, l’octroi à la minorité blanche de garanties constitutionnelles, l’organisation d’élections libres et équitables sous la surveillance de Londres et d’observateurs du Commonwealth, le refus de la Constitution résultant de l’«accord interne». Participaient à la conférence, outre le gouvernement britannique, la délégation de l’«Administration de Salisbury» (autrement dit, le gouvernement du Zimbabwe-Rhodésie), dirigée par l’évêque Muzorewa, et la délégation du Front patriotique, dirigée par J. Nkomo et R. Mugabe.

L’adoption d’une nouvelle Constitution ne fut pas chose aisée devant la divergence des points de vue. Mais Londres refusait de transiger sur deux points majeurs (la mise en œuvre immédiate du principe majoritaire et la garantie constitutionnelle des droits de la minorité européenne). Un compromis fut finalement trouvé (accord du 21 déc. 1979).

L’organisation de la période transitoire fut une autre pierre d’achoppement. Pendant la période préélectorale, le gouverneur serait chargé d’assurer la liberté d’expression des candidats et de maintenir l’ordre public. Là encore, entre la délégation de Salisbury et celle du Patriotic Front, l’opposition était telle qu’il fallut des pressions (notamment des États de la Ligne de front) pour la surmonter.

Les conditions du cessez-le-feu constituaient un troisième problème épineux. Au terme des négociations, le gouverneur devait créer une Commission militaire et un Corps de contrôle (Cease-Fire Monitoring Group) pour faire respecter le cessez-le-feu sur le terrain. Le désengagement des forces combattantes de la Z.A.N.L.A. et de la Z.I.P.R.A. supposait la fixation de «lieux de ralliement» et des procédures d’acheminement adéquates. Le cessez-le-feu fut fixé au 28 décembre 1979 à minuit, le regroupement des guérilleros devant être achevé le 4 janvier 1980.

La mise en œuvre de ces dispositions n’alla pas, on s’en doute, sans difficultés. L’accord de Lancaster House, malgré ses insuffisances et ses ambiguïtés, était une entreprise originale et audacieuse pour régler un conflit dont les enjeux s’avéraient décisifs pour l’avenir du Zimbabwe et, au-delà, de l’Afrique australe.

Le processus du cessez-le-feu et du regroupement des combattants nationalistes fut globalement respecté, mais, à plusieurs reprises, le gouverneur britannique fera usage de ses pouvoirs pour prendre des mesures d’urgence. La campagne électorale fut en revanche marquée de multiples actes de violence (exécutions sommaires, exactions, manœuvres d’intimidation, tentatives d’assassinat contre des leaders nationalistes et notamment contre R. Mugabe), mais l’ordre fut quand même maintenu dans l’ensemble.

Les élections avaient été fixées aux 27, 28 et 29 février 1980 pour les Africains; elles devaient avoir lieu à la représentation proportionnelle, au scrutin de liste. Elles mettaient en présence divers partis, dont les deux grands partis nationalistes (qui avaient repris leur autonomie): la Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (Z.A.N.U.-P.F.) de R. Mugabe; le Patriotic Front (P.F.) de J. Nkomo ; la Zimbabwe African National Union (Z.A.N.U.) du révérend Ndabaningi Sithole; le United African National Council (U.A.N.C.) de l’évêque Muzorewa; le United National Federal Party (U.N.F.P.) du chef Ndiweni; le Zimbabwe Democratic Party (Z.D.P.) de J. Chikerema; le National Front of Zimbabwe (N.F.Z.) de P. Mandaza, la National Democratic Union (N.D.U.) de H. Chihota et la United People’s Association of Matabeleland (U.P.A.M.) de F. Bertrand. Quant aux Européens (qui disposaient de 20 sièges réservés), ils étaient appelés à voter le 14 février 1980 dans le cadre des circonscriptions électorales existantes; mais le Front rhodésien y était pratiquement sans rival (il gagna en effet tous les sièges et deviendra «Front républicain»).

Aux élections de février 1980, la participation populaire fut considérable (94 p. 100): la Z.A.N.U.-P.F. l’emporta largement avec 63 p. 100 des suffrages (57 sièges), suivie par le Patriotic Front (24 p. 100 des voix, 20 sièges) et le U.A.N.C. (8 p. 100 des voix, 3 sièges).

R. Mugabe était aussitôt appelé au poste de Premier ministre (11 mars 1980), et, bien qu’il n’y fût pas obligé, il décida de former un gouvernement de coalition et de réconciliation nationale. Après de dures négociations avec le Patriotic Front, la nouvelle équipe ministérielle comprenait J. Nkomo (qui avait refusé la présidence de la République et préféré le poste de ministre de l’Intérieur), trois autres ministres du Patriotic Front, deux personnalités européennes (David Smith, député du Front rhodésien, nommé ministre du Commerce et de l’Industrie, et Dennis Norman, président de la Rhodesian National Farmers Union, chargé de l’Agriculture), les autres ministres étant tous membres de la Z.A.N.U.-P.F.

Le 18 avril 1980, l’indépendance du Zimbabwe fut proclamée au stade Rufaro de Harare, dans l’enthousiasme populaire et en présence de nombreux chefs d’État ou de gouvernement étrangers.

3. Le Zimbabwe depuis l’indépendance

Le nouveau Premier ministre devait faire face à une situation particulièrement difficile sur le plan intérieur. La guerre civile avait laissé des traces profondes, et il fallait que les communautés africaine et européenne réapprennent à vivre ensemble. Comment allaient réagir les Européens privés pour la première fois d’un pouvoir qu’ils détenaient depuis les origines de la colonisation? Comment régler le problème de l’armée et de la sécurité intérieure? Comment relancer l’économie durement touchée par les troubles des dernières années, par la concentration des populations africaines dans certaines zones plus faciles à surveiller, par le départ de milliers de réfugiés? Comment mettre en application une politique qui se voulait socialiste et égalitaire, mais sans remettre en cause la réconciliation nationale?

Les premières années du gouvernement dominé par la Z.A.N.U.-P.F. traduisent un pragmatisme réel et une prudence calculée dans le maniement de données à bien des égards contradictoires. Sans céder aux tentations que pourraient justifier la détention de la majorité absolue à l’Assemblée et les brimades d’un passé proche, le chef du gouvernement n’avait pas non plus abandonné les objectifs qui étaient les siens dans la clandestinité (et que le congrès de Chimoio, en 1977, avait adoptés officiellement). Sa marge de manœuvre était incontestablement des plus étroites.

L’évolution de la vie politique

La première tâche du nouveau gouvernement fut de régler les problèmes prioritaires du moment, c’est-à-dire de liquider les séquelles de la guerre civile et de consolider l’unité nationale. La politique de réconciliation nationale amorcée dès la formation du cabinet se heurtait toutefois à de sérieuses difficultés.

Les séquelles de la guerre civile

Outre les difficultés économiques, qui seront examinées plus loin, deux grands problèmes affectaient en 1980 le devenir du jeune État: celui de l’armée et celui des réfugiés.

Le problème de l’armée nationale était probablement le plus épineux. Il fallait en effet amalgamer deux armées révolutionnaires antagonistes (la Z.I.P.R.A. et la Z.A.N.L.A.), même si elles combattaient un ennemi commun, et les forces de sécurité officielles de l’ex-Rhodésie, encadrées par les Européens. En arrière-plan, près de 20 000 morts (10 000 guérilleros environ, 1 000 membres des Forces de sécurité rhodésiennes, 7 000 civils africains auxquels il faut ajouter les victimes des massacres organisés par l’armée rhodésienne dans les camps de l’extérieur, notamment du Mozambique).

Du côté des armées de la guérilla, il est apparu rapidement que les forces de la Z.A.N.L.A., ayant leurs bases au Mozambique et des camps d’entraînement en Tanzanie, étaient assez largement supérieures à celles de la Z.I.P.R.A., qui agissaient surtout depuis la Zambie et bénéficiaient du soutien de l’Angola. Lorsque le «rassemblement» des guérilleros fut achevé, au début de l’année 1980, on évaluait à 20 000 le nombre des combattants de la Z.A.N.L.A. et à 7 500 celui des combattants de la Z.I.P.R.A. Le problème était toutefois de savoir si tous les guérilleros de la Z.I.P.R.A. avaient rendu leurs armes...

Dans le Zimbabwe devenu indépendant, le leader de la Z.A.P.U. disposait sans doute de la police (mais non de la Special Branch, restée sous contrôle de R. Mugabe) en tant que ministre de l’Intérieur; il n’avait pas la maîtrise des forces armées.

Quant aux ex-Forces de sécurité rhodésiennes, elles comprenaient diverses unités placées sous un commandement unifié (armée de terre et de l’air, Selous Scouts, District Guard Force, Security Force Auxiliaries, etc.). Certaines de ces unités furent dissoutes, d’autres réorganisées et intégrées dans ce qui allait être l’armée nationale du Zimbabwe. Malgré les démissions et les départs à l’étranger d’un grand nombre d’officiers blancs appartenant aux corps les plus compromis dans la lutte contre la guérilla (ils seront accueillis en Afrique du Sud, voire recrutés dans les forces armées sud-africaines) et après la démission en juillet 1980 du général Walls, la constitution laborieuse de l’armée nationale fut poursuivie. La Grande-Bretagne supervisait l’opération sur le plan technique. De violents incidents entre éléments armés de la Z.I.P.R.A. et de la Z.A.N.L.A., ou entre les forces régulières du Zimbabwe et des guérilleros armés (ex-Z.I.P.R.A.), éclatèrent toutefois en 1981, notamment dans la région de Bulawayo. Le gouvernement décida alors de désarmer tous les guérilleros.

Le retour des réfugiés constituait une autre source de préoccupations. Il est vraisemblable que près de 230 000 personnes avaient trouvé refuge, dans des conditions précaires, au Mozambique (160 000), en Zambie (45 000) et au Botswana (23 000). Il faut y ajouter les habitants des zones rurales déplacés à l’intérieur du pays, dont le nombre atteignait plusieurs centaines de milliers. La réinsertion des réfugiés sera facilitée par une aide internationale importante, mais exigera encore des efforts particulièrement lourds de la part des pouvoirs publics.

La politique de réconciliation nationale

À l’heure de l’indépendance, le Zimbabwe a choisi une politique de «réconciliation nationale» qui visait deux objectifs: rassurer la communauté européenne traumatisée par la victoire des nationalistes jugés les plus intransigeants (la Z.A.N.U.-P.F. affiche volontiers des options socialistes marxistes-léninistes) et surmonter la rivalité traditionnelle, d’origine tribale, entre les deux principaux partis africains (la Z.A.N.U.-P.F. et la Z.A.P.U., ex-Patriotic Front), rivalité aggravée par les divergences personnelles entre R. Mugabe et J. Nkomo tout au long de la guerre de libération nationale.

Sans doute aussi le leader du jeune État avait-il en mémoire les difficultés rencontrées par le Frelimo de Samora Machel dans le Mozambique devenu indépendant, dont l’économie avait été gravement perturbée par le départ massif des Portugais. Au surplus, l’accord signé à Lancaster House l’engageait dans une voie qui pouvait paraître, aux yeux d’une fraction de la Z.A.N.U., s’éloigner des options révolutionnaires conformes à l’idéologie du parti.

La Constitution du Zimbabwe est celle qui fut adoptée à la fin de l’année 1979 à Lancaster House (Independence Constitution) et dont l’objectif essentiel était d’accorder aux Européens un certain nombre de garanties.

L’exécutif de la république du Zimbabwe a d’abord été un exécutif bicéphale. Le président était élu pour six ans par le Parlement (le premier président, élu en avril 1980, fut le révérend Canaan Banana, pasteur méthodiste d’origine ndebele, qui avait rejoint les rangs de la Z.A.N.U. en 1976 et avait été emprisonné à deux reprises par le régime de I. Smith; il fut réélu en avril 1986). Il disposait des pouvoirs classiques dans un régime parlementaire; il désignait le Premier ministre et les ministres et pouvait déclarer l’état d’urgence (sauf à obtenir dans les quinze jours l’accord de la Chambre basse, à la majorité absolue de ses membres).

Le Conseil exécutif (Executive Council) était composé du Premier ministre et des ministres. Le gouvernement ainsi constitué était responsable devant le Parlement, qui pouvait voter une motion de censure. Il dirigeait la vie politique du pays. R. Mugabe a été titulaire du poste de Premier ministre, de manière ininterrompue, de 1980 à 1989. Le Parlement était bicaméral: une Assemblée nationale (House of Assembly) et un Sénat (Senate) en étaient les éléments constitutifs.

L’Assemblée nationale, élue pour cinq ans, comprenait 100 députés dont 20 représentaient spécifiquement la minorité blanche, conformément aux accords de Lancaster qui ne pouvaient être modifiés sur ce point avant 1987. Le Sénat de 40 membres était formé de membres élus par l’Assemblée nationale (14 par le collège des élus africains, 10 par le collège des élus européens) ou par le Conseil des chefs (Chief Council) et de membres nommés par le président de la République.

Le Parlement disposait du pouvoir législatif ainsi que du pouvoir de réviser la Constitution (les dispositions constitutionnelles relatives à la représentation séparée des Européens ou la Déclaration des droits exigeaient l’unanimité à la Chambre basse et une majorité des deux tiers au Sénat pendant les sept premières années, en ce qui concerne la représentation séparée, ou les dix premières années, en ce qui concerne la Déclaration des droits), du pouvoir de voter le budget, de renverser éventuellement le gouvernement, etc.

La Déclaration des droits, qui figure en tête de la Constitution, reconnaît l’ensemble des droits caractéristiques d’une démocratie libérale, y compris le droit de propriété privée (avec indemnisation en cas de nationalisation ou de réforme agraire). Ces droits bénéficient d’une protection constitutionnelle et juridictionnelle particulière. Les Européens étaient admis à conserver leur nationalité d’origine. Un ombudsman fut nommé en août 1982 pour recueillir les plaintes pour violation des droits garantis par la Constitution.

Ce texte a certainement contribué à l’origine à apaiser les inquiétudes de la minorité blanche. Le pragmatisme de la politique suivie par R. Mugabe, malgré des convictions socialistes réitérées, et sa volonté de respecter scrupuleusement les termes de la charte constitutionnelle ont évité un exode massif ou des affrontements dont l’économie du Zimbabwe eût été durement atteinte.

La résurgence des tensions

Plusieurs facteurs expliquent les crispations de la vie politique: les difficultés économiques (aggravées par la sécheresse des années 1982-1983), l’insécurité persistante dans certaines zones (notamment dans le Matabeleland), entretenue par des groupes de «rebelles» ou «dissidents», plus ou moins soutenus par la Z.A.P.U., la surenchère de certains éléments ultranationalistes au sein même de la Z.A.N.U., la poussée démographique, etc.

Les principales difficultés surgirent rapidement entre les deux leaders rivaux, R. Mugabe et J. Nkomo. Le leader de la Z.A.P.U. n’avait accepté qu’avec réticence le poste qui lui avait été proposé, et il craignait la mainmise du pouvoir shona au détriment de la minorité ndebele. La défaite subie par son parti aux élections de 1980 n’était à ses yeux que faiblement compensée par la participation de quatre ministres de la Z.A.P.U. au gouvernement, qui se trouvaient en quelque sorte prisonniers au sein du cabinet. Ses suspicions se trouvaient entretenues par la volonté affichée de R. Mugabe de désarmer les derniers éléments de la Z.I.P.R.A., qui avaient refusé l’intégration au sein de l’armée nationale. L’opposition entre les deux partis reposait pour l’essentiel sur la rivalité ethnique traditionnelle entre les Shona et les Ndebele; la Z.A.N.U. n’avait obtenu qu’un soutien très limité en pays ndebele et la Z.A.P.U. n’avait pu que très faiblement déborder le Matabeleland.

Quelques mois après la constitution du premier gouvernement, J. Nkomo se plaignit d’être écarté des grandes décisions politiques qui étaient prises, soutenait-il, par le comité central de la Z.A.N.U.-P.F. Les dirigeants de celles-ci mettaient en garde, à mots plus ou moins couverts, le leader de la Z.A.P.U. contre la tentation de créer un pouvoir rebelle en zone ndebele.

En novembre 1980, des dirigeants de la Z.A.P.U. furent détenus sans que le ministre de l’Intérieur en soit averti. Des incidents, souvent sanglants, éclataient entre les éléments de l’ex-Z.I.P.R.A. et les forces de l’armée nationale du Zimbabwe. La situation de J. Nkomo était de plus en plus inconfortable. Elle devint intenable au début de l’année 1982, l’état d’urgence ayant été proclamé à la demande du gouvernement (il sera régulièrement prorogé depuis lors) au motif de l’insécurité croissante qui s’installait dans le Matabeleland. Des perquisitions ordonnées au domicile des principaux dirigeants de la Z.A.P.U. auraient permis de découvrir des armes lourdes en grand nombre. Le 17 février 1982, le leader de la Z.A.P.U était exclu du gouvernement ainsi que deux autres ministres de la même tendance. Un autre ministre démissionna peu après. Les arrestations dans les rangs de la Z.A.P.U., les confiscations des fermes, compagnies commerciales et autres biens appartenant au mouvement aggravèrent la tension. Des incidents graves (attaques à main armée, coup de main contre un aéroport militaire, enlèvements de touristes, désertions d’anciens éléments de la Z.I.P.R.A., exécutions sommaires dans le pays ndebele) révélaient l’ampleur du malaise, qui menaçait de tourner à l’affrontement direct.

L’engrenage classique (accusation de complot, répression) étant en place, les troubles ne devaient guère cesser dans le Matabeleland. Les excès des forces de sécurité donnaient lieu à d’âpres polémiques dans lesquelles la voix des Églises (surtout celle de l’Église catholique) se joignait aux critiques des organisations internationales humanitaires et des partis de l’opposition. Certains Européens furent mis en cause (affaire du sabotage des avions de l’armée de l’air), et les procès se multiplièrent. En mars 1983, J. Nkomo préféra s’exiler provisoirement au Bostwana, puis en Grande-Bretagne; il revint en août de la même année.

Mais, curieusement, le principal parti d’opposition, la Z.A.P.U., ne fut pas dissous, et R. Mugabe proclamait volontiers sa volonté de procéder à la fusion des deux grandes formations politiques dans le cadre de ce qui serait (lorsque la révision constitutionnelle serait possible, c’est-à-dire en 1990) un État à parti unique (one-party State ). Les pourparlers s’engagèrent donc sans que la paix civile ait été rétablie.

Ils durèrent plusieurs années, ce qui leur valut l’appellation de «négociations yo-yo», et aboutirent à la fin de l’année 1987 à un accord qui modifie sensiblement les données du jeu politique.

Après un remaniement ministériel (janvier 1984) qui lui conféra des pouvoirs supplémentaires, R. Mugabe tenta par divers moyens de réduire la rébellion des «dissidents» du pays ndebele, en même temps qu’il essayait de débaucher individuellement tel ou tel membre influent de la Z.A.P.U.

Le parti de J. Nkomo était soumis à de fortes pressions: interdiction des réunions politiques en dehors de sa forteresse du Matabeleland (il avait obtenu quelques résultats dans les provinces du Mashonaland West et des Midlands), poursuites judiciaires de ses militants (notamment les députés à l’Assemblée nationale), vexations policières, etc.

Les mêmes méthodes étaient au demeurant pratiquées à l’égard de l’United National Council (U.A.N.C.) de l’évêque A. Muzorewa (lequel fut détenu en 1983 pendant quelques mois pour collusion avec l’Afrique du Sud et Israël).

La Z.A.N.U. renforçait parallèlement son organisation (elle abandonna officiellement le sigle P.F. en 1984). Son congrès d’août 1984 lui permit de réaffirmer son engagement «marxiste-léniniste», d’élaborer un code du leadership (qui n’est pas sans rappeler la T.A.N.U. Mwongozo de Tanzanie), de mettre en place un politbureau dominé par R. Mugabe et ses hommes (parmi lesquels de nombreux représentants de l’ethnie zezuru, qui est celle du Premier ministre) et de réorganiser son comité central.

De son côté, la Z.A.P.U. décidait de tenir congrès (octobre 1984). J. Nkomo y fut réélu président. Le parti, qui venait de triompher aux élections locales dans le Matabeleland, entendait résister à l’appel à la fusion lancé quelques semaines auparavant par la Z.A.N.U.

Les relations avec la minorité blanche furent également gérées avec un mélange de mesures brutales (arrestations arbitraires, procès expéditifs, etc.) et de signes d’apaisement. Le Premier ministre ne désespérait pas de convaincre quelques leaders de se détourner de I. Smith et de son Front républicain. Effectivement, plusieurs députés quittèrent la formation de l’ancien Premier ministre de Rhodésie et formèrent l’Independent Zimbabwe Group (1983). En 1984, I. Smith fit abandonner par le congrès du parti l’étiquette Front républicain et créa à sa place la Conservative Alliance of Zimbabwe (C.A.Z.) [les résidents européens furent ultérieurement invités à choisir entre la nationalité zimbabwéenne et leur nationalité d’origine – décembre 1986 – et, en mai 1987, I. Smith laissera la présidence de la C.A.Z. à M. Partridge].

Les élections de 1985 approchant, chaque camp s’y prépara activement (80 sièges étaient en jeu pour les Africains et 20 pour les Européens), dans une atmosphère particulièrement lourde, marquée par l’escalade de la violence (la Z.A.N.U. Youth y fut directement impliquée). Elles eurent lieu séparément pour le collège «blanc» et le collège «africain». Si I. Smith obtenait un très large succès (15 sièges sur 20) – ce qui suscita des réactions acerbes de R. Mugabe –, la Z.A.N.U. de son côté remportait également la victoire, avec 64 sièges sur 80 et 77 p. 100 du nombre total des voix. Mais la Z.A.P.U. conservait son fief du Matabeleland avec 15 sièges. Les autres formations politiques furent pratiquement éliminées (l’U.A.N.C. n’avait plus de représentants; et l’évêque Muzorewa abandonnera peu après la vie politique; la Z.A.N.U. de N. Sithole, lui-même en exil, ne disposait que d’un siège, obtenu dans le Manicaland, dans l’est du pays).

Aussitôt après les élections, le processus de construction de l’État à parti unique reprit. Le gouvernement négociait en position de force, mais la Z.A.P.U., quelque peu affaiblie, n’était pas pour autant moribonde. Une réforme constitutionnelle fut votée en août 1987; elle supprimait la représentation séparée des Blancs au Parlement, mais, à la faveur d’une cooptation des nouveaux titulaires des sièges devenus vacants, la minorité européenne en obtint 11, avec le soutien officiel de la Z.A.N.U., à la Chambre basse (et 4, sur 10, au Sénat). Le parti de R. Mugabe renforçait encore sa position dans les deux chambres.

Un autre amendement abandonnait le principe de la dualité de l’exécutif. Le président du Zimbabwe serait désormais à la fois chef de l’État et chef du gouvernement. Un collège électoral provisoire, constitué par les députés et les sénateurs en poste, élut sans difficulté R. Mugabe le 30 décembre 1987.

Du côté des partis politiques, les négociations se poursuivaient activement, avec des hauts et des bas. Le 22 décembre 1987, l’accord était enfin signé. Le nouveau parti (il conservait l’appellation de Z.A.N.U.) faisait officiellement allégeance aux principes du marxisme-léninisme. J. Nkomo devenait Senior Minister au côté de R. Mugabe, et vice-président de la Z.A.N.U. D’autres leaders de l’ex-Z.A.P.U. obtenaient des postes importants dans le parti et dans le gouvernement.

Le parti unique n’a pas été constitutionnellement proclamé, mais le Zimbabwe vit depuis 1988 dans un monopartisme de fait.

Cette stratégie de l’absorption réussira-t-elle à régler les conflits ethniques ou ceux-ci se déplaceront-ils à l’intérieur du parti? Le système partisan reposait sur une base tribale, qui affectait sensiblement l’unité nationale. La démarche de R. Mugabe a été de transcender les clivages ethniques par le parti. Mais la paix civile n’a pas encore été complètement rétablie; il faudra compter avec les oppositions devenues internes, et les méfiances réciproques ne disparaîtront vraisemblablement pas par magie.

L’évolution de la vie économique et sociale

La vie économique

Fidèle à sa politique pragmatique et prudente, R. Mugabe prit soin de ne pas heurter les milieux économiques locaux (et les bailleurs de fonds étrangers ou internationaux) par des mesures brutales de nationalisation, d’africanisation des cadres ou de planification impérative. Il s’efforça au contraire d’assurer la continuité de l’activité économique du pays, d’autant que le Zimbabwe, pendant la période 1965-1980, avait développé un potentiel industriel important (en 1980, la production manufacturière entrait pour 15 p. 100 dans la composition du produit intérieur brut et comptait pour plus du tiers de la valeur des exportations). Le pays est riche en minerais (chrome, or, cuivre, nickel, charbon), et son agriculture, développée par les Européens, en faisait le premier exportateur de viande et de produits vivriers en Afrique subsaharienne.

Une des questions les plus épineuses était celle du partage des terres. La loi de 1969 (Land Tenure Act) fut certes abrogée, mais 5 000 fermiers blancs détenaient en 1980 près de 40 p. 100 des terres cultivables affectées aux cultures d’exportation, cependant que les terres «communales» des 174 Tribal Trust Lands ne parvenaient pas à nourrir une population africaine en expansion rapide. La revendication nationaliste portait principalement sur l’accès à la terre, et il fallait réinstaller les réfugiés venus du Mozambique, de Zambie ou du Botswana, ainsi que les paysans «regroupés» pour des raisons de sécurité pendant la guerre civile. La conférence de Lancaster House avait posé le principe qu’il n’y aurait pas de spoliation et que la Grande-Bretagne financerait un vaste programme de rachat des terres et de développement rural (30 millions de livres furent effectivement versées au lendemain de l’indépendance). Le gouvernement rejeta donc l’idée d’une collectivisation des terres par la contrainte et adopta une politique d’acquisitions foncières conformément aux recommandations de la Zimcord (Zimbabwe Conference on Reconstruction and Development, mars 1981) et du Livre blanc publié en 1981 (Growth with Equity: an Economic Policy Statement ).

Cette politique avait permis de réinstaller environ 36 000 familles à la fin de l’année 1984, mais les objectifs ont été révisés à la baisse et le plan 1986-1990 fixait des chiffres relativement modestes (15 000 familles par an), alors que 800 000 familles environ (60 p. 100 de la population africaine) vivent encore sur les communal lands .

Les produits agricoles qui alimentent le Zimbabwe en devises sont essentiellement le tabac, le sucre, le maïs et le coton. L’élevage occupe également une place importante. Mais la sécheresse dramatique qui a frappé à plusieurs reprises au cours des dernières années les régions agricoles et pastorales du Zimbabwe a compromis le redressement qui s’amorçait. Au surplus, les terres les plus productives sont souvent les fermes européennes (50 p. 100 du produit total des cultures d’exportation provient de 10 p. 100 environ des fermes gérées par les Blancs), ce qui relance le problème de la redistribution des terres. Le fonctionnement de la Zimbabwe Producers and Marketing Organization (qui regroupe plusieurs dizaines de coopératives d’un modèle nouveau), celui des marketing boards ou des commissions qui contrôlent la commercialisation des produits agricoles ou d’élevage donnent lieu également à quelques critiques.

L’industrie connaît des difficultés conjoncturelles bien que le pays ait bénéficié d’atouts non négligeables au départ. Nombre d’entreprises ont été créées à l’époque de la colonisation sous forme de filiales de sociétés britanniques ou sud-africaines. Malgré l’idéologie socialiste du régime, le gouvernement de R. Mugabe n’a pas procédé à des nationalisations massives. Il s’est contenté le plus souvent de prendre des participations, rarement majoritaires, par l’intermédiaire de l’Industrial Development Corporation (par exemple: participation au capital de la firme pharmaceutique Cape Holding, au groupe minier Wankie Colliery, au groupe bancaire Zimbak, au groupe de presse Zimbabwe Newspaper), ou d’entreprendre des joint-ventures avec des firmes étrangères (par exemple, l’entreprise H. H. Heinz, dans le domaine de l’agroalimentaire, la Bank of Credit and Commerce dans le domaine financier). Le soutien des capitaux étrangers est considéré (avec celui des organismes internationaux) comme indispensable au financement des projets d’investissement. La publication en 1982 des Investment Guidelines était destinée à dissiper les appréhensions du capitalisme étranger; la préparation d’un nouveau code des investissements devrait contribuer à améliorer le potentiel dont dispose le pays.

Celui-ci est au surplus partiellement dépendant, pour ses communications avec l’extérieur, de l’Afrique du Sud (avec laquelle ses relations politiques sont mauvaises) et du Mozambique – mais la guérilla menée par le Mouvement de résistance du Mozambique (Renamo ou M.N.R.) l’oblige à soutenir militairement le gouvernement de Maputo pour maintenir ouvert le corridor de Beira.

Le poids de la dette extérieure est devenu préoccupant, des emprunts importants ayant été nécessaires pour financer certains services essentiels (Zimbabwe Electricity Supply Authority, National Railways of Zimbabwe, Posts and Telecommunications Corporation, etc.). On estimait que la dette extérieure totale atteignait, en 1992, 64 p. 100 du produit national brut et que le service de la dette absorbait 32 p. 100 du produit des exportations.

La monnaie (le dollar du Zimbabwe) s’en est trouvée quelque peu affaiblie, bien qu’elle ait été moins dévaluée que les monnaies nationales de la plupart des États voisins. La réduction du déficit budgétaire figure toujours parmi les priorités des budgets annuels, mais l’objectif est rarement atteint. Les observations des organismes donneurs de fonds (le Fonds monétaire international, la Banque mondiale) se font insistantes. Cette dernière, pourtant, donne en 1992 son aval au programme proposé par Harare.

En termes de produit intérieur brut, le ralentissement a été sensible après 1982: le P.N.B. par habitant ne progresse que de 50 dollars entre 1986 et 1992. Le taux de croissance annuelle de l’économie se situerait, dans le cadre du plan 1986-1990, à 5,5 p. 100 en moyenne par an.

La vie sociale

La société du Zimbabwe a été profondément ébranlée par les années de guerre civile, le déplacement des populations, les troubles persistants dans le pays ndebele, les déséquilibres démographiques qui s’aggravent avec un taux de croissance annuel de la population évalué à 3 p. 100, les drames provoqués par les années de sécheresse. Toutes les impatiences de la base n’ont pu être calmées, et le gouvernement est parfois critiqué pour la timidité de son action au sein même du parti dominant. La lenteur de l’occupation des terres sous-exploitées par les fermiers blancs, le blocage des salaires, l’inflation et l’augmentation du coût des produits vivriers de base ont entraîné vraisemblablement un certain désenchantement, inévitable en pareille conjoncture.

La question de l’emploi et de la main-d’œuvre (liée à celle des salaires) s’est posée dès l’indépendance. Un rapport publié en 1983 (National Manpower Survey ) montre que le pays souffre encore d’un manque de personnel qualifié en matière d’agriculture, de santé, d’éducation, de gestion d’entreprises, etc. Le Zimbabwe fait toujours appel à des étrangers dans certains secteurs clés, faute de cadres nationaux compétents, mais un effort important en ce sens est en cours de réalisation.

Le syndicalisme a fait irruption sur la scène des rapports sociaux. Malgré des frictions avec le gouvernement et des réactions difficilement contrôlées de la base, le Zimbabwe Congress of Trade Unions (Z.C.T.U.) apparaît comme un allié objectif de la Z.A.N.U.-P.F. Il est difficile d’ailleurs d’évaluer exactement le taux de syndicalisation: le nombre de travailleurs syndiqués variait entre 80 000 et 280 000 selon les sources en 1982. Certains mouvements de grève, en 1981-1982, ont montré que l’atmosphère restait parfois tendue dans le monde du travail.

Dans un autre domaine, celui de l’éducation, le régime avait fort à faire. La situation laissée par le gouvernement précédent était caractéristique d’un état de dépendance colonial, maintes fois dénoncé. La politique éducative est considérée par le nouveau régime comme prioritaire à tous les niveaux. La population scolaire a véritablement explosé au lendemain de l’indépendance. L’éducation est un des rares chapitres budgétaires auxquels le gouvernement s’efforce de ne pas toucher. Mais il s’agit de l’adapter aux besoins du pays et à la politique de production et de développement.

La politique extérieure

Le Zimbabwe, qui entend mener une politique extérieure indépendante dans une optique socialiste, fait partie des États de la ligne de front (Frontline States) dont l’opposition au régime de l’apartheid en Afrique du Sud ne s’est jamais démentie. Ses efforts pour réduire sa dépendance économique à l’égard de son puissant voisin se sont traduits par la création de la Southern African Development Conference dès 1980, par le soutien militaire apporté au Mozambique, par sa politique active en matière de sanctions économiques contre Pretoria, etc.

Avec l’Occident, les relations sont restées marquées par une certaine méfiance, moins avec Londres qu’avec les États-Unis (dont la politique a été critiquée à plusieurs reprises, qu’il s’agisse de la Namibie, de l’Angola, du Nicaragua, etc.). Mais le Zimbabwe n’a pas suivi aveuglément pour autant les positions de l’Union soviétique; R. Mugabe a critiqué l’invasion de l’Afghanistan et il joue un rôle actif au sein des pays non alignés. Le Zimbabwe est par ailleurs un membre actif de l’Organisation de l’unité africaine.

Le mécontentement progresse

Aux élections générales des 28-30 mars 1990, R. Mugabe est bien réélu à la tête de l’État pour cinq ans, avec 75 p. 100 des suffrages; mais il faut noter que les abstentions s’élèvent à 46 p. 100 des électeurs inscrits. L’opposition pourtant ne parvient pas à mobiliser l’électorat aux élections partielles de mai 1992.

Zimbabwe
(le Grand) site archéologique du Zimbabwe, non loin de Fort Victoria, considéré comme une des capitales du Monomotapa. Cette "ville morte" (IXe-XVe s.) comprend plusieurs groupes d'édifices sans fondations et en pierres sèches. La plus belle construction (vraisemblablement un temple) est un vaste enclos elliptique renfermant une tour conique. Les ruines, fouillées à partir de 1905, ont livré des oiseaux en pierre, du matériel pour la métallurgie de l'or, et de nombreux objets de Perse, des Indes et de la Chine.
————————
Zimbabwe
(république du) état de l'Afrique australe, limitrophe de la Zambie, du Mozambique, de la république d'Afrique du Sud et du Botswana; 390 308 km²; 11 millions d'hab., croissance démographique: plus de 3 % par an; cap. Harare. Nature de l'état: rép. parlementaire. Princ. ethnies: Shona (71 %) et Ndébélé (16 %). Langues: anglais (langue off.), shona. Monnaie: dollar du Zimbabwe. Relig.: christianisme (43 %), relig. traditionnelles (41 %). Géogr. phys., hum. et écon. - Formé d'un ensemble de plateaux cristallins relevés à l'E., le Zimbabwe a un climat tropical qui favorise la croissance d'une forêt claire, souvent dégradée en savane boisée. La population est rurale à 70 %; l'exode vers les villes s'accentue. 4 500 fermiers blancs (les Blancs sont en tout 200 000) cultivent 10 millions d'ha de bonnes terres et exportent tabac, coton, maïs et sucre. 2 500 000 fermiers noirs pratiquent des cultures vivrières sur 20 millions d'ha de mauvaises terres. La balance agric. était excédentaire jusqu'en 1995, quand sévit la sécheresse. Le pays dispose de ressources hydroélectriques (barrage de Kariba, partagé avec la Zambie) et de bases industrielles (régions d'Harare et de Kwekwe, au centre du pays), mais les ressources minières assurent la majorité des recettes à l'exportation: or (26 t en 1995, contre 15 t en 1987), amiante, nickel. L'Afrique du S. reste son partenaire économique privilégié, devant la G.-B. Le P.N.B. de 1995 est inférieur à celui de 1992. Hist. - Très tôt, de vastes royaumes naquirent dans la région. Le Grand Zimbabwe est le plus célèbre mais également le plus mal connu. Le royaume du Monomotapa remonte peut-être au XIIe siècle. Au XV e siècle, il dominait bon nombre de petits états et chefferies et occupait un vaste territoire. Le commerce de l'or avec la côte permit au royaume de se connecter aux réseaux marchands de l'océan Indien. Mais au XVIe siècle, il déclina; les pouvoirs locaux acquirent peu à peu leur indépendance. Les Portugais, au XVIIe siècle, contraignirent le roi à signer un traité leur cédant le produit de ses mines. Au XIXe siècle, les Ngoni, chassés par les Zoulous d'Afrique du Sud, ravagèrent le pays. Dans les années 1830, les Ndébélé, apparentés aux Zoulous envahirent à leur tour le sud du pays et fondèrent un royaume. En 1885, l'autorité britannique fut reconnue par la conférence de Berlin. En 1889, une charte royale créa la British South Africa Company (BSAC), dirigée par Cecil Rhodes, qui venait de duper le roi des Ndébélé, Lobengula, en lui faisant signer un traité de protectorat. Furieux, Lobengula envoya une délégation à Londres, qui ne fut pas même reçue par la reine. Les Britanniques firent avancer leurs troupes. Le conflit s'acheva par la mort de Lobengula en 1894. En 1897, Londres confirma le nom de Rhodésie donné à l'ensemble formé par les territoires shona et ndébélé. Les exactions de la BSAC soulevèrent en 1896 une grande révolte populaire, impitoyablement réprimée. Après la mort de Cecil Rhodes en 1902, les relations se détériorèrent entre la BSAC et les nombr. colons, venus notam. d'Afrique du Sud. Ils exploitaient les mines et de grandes plantations. En 1923, la BSAC renonça à sa concession. La Rhodésie devint une colonie britannique, sous le nom de Rhodésie du Sud, par opposition la Rhodésie du Nord (la Zambie actuelle). Des lois (Land Apportionment Act de 1930, amendement de 1941, Land Tenure Act de 1969) "parquèrent" les Noirs dans les zones les plus pauvres: ils étaient donc contraints de chercher des emplois salariés, fournissant ainsi aux colons blancs la main-d'oeuvre indispensable à l'exploitation des mines et aux plantations. Toutes les villes se trouvaient dans des zones "blanches". En 1953, la G.-B. réunit les deux Rhodésie et le Nyassaland (le Malawi actuel) dans une éphémère Fédération d'Afrique centrale. En 1964, le Malawi et la Zambie devinrent indép. En nov. 1965, Ian Smith, Premier ministre et leader du Front national, proclama unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie (autref. du Sud), que la G.-B. refusa de reconnaître, en raison de la politique ségrégationniste pratiquée par la minorité blanche. L'ONU décida un embargo écon. La république fut proclamée en mars 1970. L'obstination de Ian Smith lui permit de faire admettre la Rhodésie "blanche" à divers états occidentaux et même d'Afrique noire, les mouvements nationalistes étant très divisés. La rébellion s'organisa néanmoins assez fortement après 1972. Le référendum du 30 janv. 1979 aboutit à un gouv. présidé par Mgr Muzorewa, un nationaliste modéré. Après la signature d'un cessez-le-feu, les élections de fév. 1980 virent le triomphe des leaders radicaux Robert Mugabe et Joshua Nkomo, qui proclamèrent, le 18 avril, l'indépendance du Zimbabwe. J. Nkomo a entretenu dans la région habitée par les Matabélé un foyer de résistance au Premier ministre Mugabe qui s'est efforcé, malgré ses options socialisantes, de rassurer la minorité blanche, maîtresse de la vie écon. Vainqueur des élections de 1985, avec 90 % des voix, Mugabe a remporté plus difficilement (78 % des voix) les élections générales de mars 1990, marquées par des violences contre l'opposition et par une abstention massive. Il a alors opté pour une politique libérale et démocratique. En 1992, il a édicté une réforme agraire dont l'application s'est révélée difficile. En 1995, il a à nouveau remporté les élections législatives et, en 1996, il a été réélu président (seul candidat, 92,7 % des voix).

Encyclopédie Universelle. 2012.


Поделиться ссылкой на выделенное

Прямая ссылка:
Нажмите правой клавишей мыши и выберите «Копировать ссылку»